Serviteur de la Miséricorde Divine Bienheureux
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La Règle de vie

IntroductionPréfaceChapitre IChapitre IIChapitre IIIChapitre IV
Chapitre VChapitre VIChapitre VIIChapitre VIIIChapitre IX


Chapitre III

Obéissance, Pauvreté, Chasteté

1. En premier lieu, vous devriez obéir à Dieu, au Pontife Romain, aux évêques et supérieurs de votre Ordre; ensuite, leurs vicaires, leurs représentants locaux et la cloche qui vous appelle aux dévotions communes. Vous devriez ce faire rapidement, promptement, parfaitement, patiemment, humblement, de façon décisive et persévérante. Vous ne devriez pas avoir honte d’être soumis à l’autorité d’autres hommes puisque l’Apôtre [Pierre] souhaiterait que nous soyons soumis à toutes les créatures et, d’autant plus, à toute autorité (Rm 13,1-7; 1 Pi 2,13;1 Tm 2,2). Car il n’y a aucune autorité, dit-il, hormis celle de Dieu. Celui qui résiste à cette autorité résiste à la Volonté divine ce qui constitue la plus haute forme de stupidité. Vous devriez assumer les mêmes motifs et l’exemple d’obéissance de notre Rédempteur qui "s’abaissa Lui-même, obéissant jusqu’à la mort et à la mort de la croix" (Ph 2,8). Celui qui refuserait d’imiter [le Christ] ne souhaiterait pas régner à Ses côtés s’il ne se soumet pas à l’autorité qui s’exerce en Son nom.

En matière d’obéissance, vous devriez tous respecter l’ordre suivant: l’autorité moindre défère à l’autorité supérieure et l’autorité moindre ne doit pas tenter de miner l’autorité supérieure. [En ce qui concerne ce qui a été ordonné], si un ordre préalable a été clairement révoqué, on doit obéir au nouvel ordre.

Vous devriez tous respecter les Ordinaires locaux en toute soumission et leur obéir avec empressement. Cependant, afin d’éviter toute confusion en matière de juridiction et prévenir tout désordre, seuls les supérieurs prêteront leur attention aux justes directives des Évêques [21]. De leur côté, les membres obéiront aux supérieurs et aux lois et ce, sans hésitation ni prétention. Les membres ne devraient pas croire qu’ils aient le droit ou le privilège de citer le supérieur en justice. Ceci est statué de manière à éviter les querelles, scandales et rébellions. S’il surgissait des controverses, ou toute autre cas de moindre importance, cela devrait être résolu et rectifié au sein même de la congrégation de façon normale, paisible et équitable. Par cette règle, nous n’avons néanmoins nullement l’intention de contredire quoi que ce soit qui relève du droit canon ou tout autre décret ou avis de l’Église Romaine. Si l’un d’entre vous est reconnu coupable de désobéissance entêtée, s’il est un brandon de discorde ou un agitateur malicieux, que son action soit entravée par l’effort commun de tous ceux qui favorisent la paix intérieure et le bon gouvernement (cependant, on doit d’abord assurer la possibilité d’une juste défense et apologie, le tout conformément aux préceptes du droit). Si cela s’avérait nécessaire, on pourrait même recourir aux autorités civiles [22]. En vérité, un serviteur de Dieu doit être un homme pacifique. Doit-il juger la personne à qui il doit obéissance? Ne doit-il pas plutôt considérer l’amour en vertu duquel il est appelé à obéir? Vous devriez accomplir humblement et dans la joie, avec l’assistance divine, toutes pénitences ou mortifications déterminées par un supérieur même si celles-ci vous vexent. Vous ne devriez pas médire des supérieurs ni vous plaindre mais plutôt les aimer et les honorer. Toutefois, si quelqu’un est véritablement accablé par un supérieur, il pourra choisir d’endurer patiemment ce qu’il juge opprimant pour le mérite de sa vie éternelle ou, de lui-même ou par l’intercession d’un tiers, présenter une pétition à ce supérieur, en toute soumission et toute humilité, afin que ce dernier puisse faire preuve de modération en cette situation.

2. Voici en quoi consiste l’essence même de votre pauvreté: que nul ne détienne un bien pour son usage personnel sans le consentement des Supérieurs et que nul n’ose prétendre qu’une chose lui appartienne. Toutefois, qu’il prenne grand soin de préserver proprement et longuement tout ce qui lui est remis pour son usage personnel. Que tous revenus, provenant d’aumônes ou autres sources, soient remis à la collectivité. Que l’on observe scrupuleusement les règles de collection, d’économie et de gestion des revenus stipulés dans les décrets papaux [23] sous peine des pénalités qui y sont prévues. Nul ne doit détenir argent, nourriture ou breuvage sans le consentement de son supérieur sinon il s’expose à la perte de sa voix active ou passive. Une telle permission ne peut être accordée que pour une courte période et en vertu d’un motif valable car tous sont censés vivre à même les ressources et la nourriture communes. Toutefois, en prévision du tort (que son usage pourrait susciter), cette permission doit être accordée principalement et uniquement aux personnes âgées et aux malades. Nul membre ne doit recevoir un bien d’un autre membre ou d’une personne de l’extérieur sans le consentement des supérieurs; il ne doit pas non plus faire don de quoi que ce soit à quiconque. Avant de faire profession, il doit se départir de son héritage et de ses biens matériels, s’il en avait. S’il y avait quelque obstacle, il devrait alors régler ses affaires le plus tôt possible après sa profession car le Seigneur a dit: "Quiconque parmi vous ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple" (Lc 14,33b). Les supérieurs pourvoiront aux besoins des membres, dans la mesure où le Seigneur le leur permettra, et ce, selon nos normes, de façon suffisante mais jamais superflue. Autrement, en raison de privations trop rigoureuses, les membres pourraient devenir indolents dans leur service de Dieu. Il convient que chacun se rappelle qu’il est le disciple du Roi céleste démuni qui, a-t-on dit, n’avait pas où reposer la tête (Mt 8,20; Lc 9,58) et, lorsqu’il avait soif avait honte de demander de l’eau (Jn 4,7). Ainsi, lorsque vous serez en situation de pauvreté extrême [24], réjouissez-vous, car alors vous serez de véritables disciples et apôtres du Christ notre Seigneur.

3. L’obéissance est la gardienne de la chasteté et la pauvreté nourrit la chasteté. Ainsi, celui qui aspire à la pureté s’exerce à l’obéissance et à la pauvreté; il possédera alors la chasteté. Les moyens suivants aideront grandement quiconque à préserver cette vertu angélique [la chasteté]: la modestie du regard et l’élévation constante de son esprit vers Dieu; fuir la paresse, les conversations oiseuses, les lectures sans valeur; éviter prudemment les mauvais compagnons; l’amour de sa cellule et le respect du cloître; l’invocation ardente du Saint-Esprit, de la Vierge Mère de Dieu, de votre ange gardien, de saint Joseph et des saintes vierges. Les supérieurs prendront garde de ne pas exposer qui que ce soit à une situation pouvant porter atteinte à une si grande vertu ni de négliger quelqu’un qui se trouve en situation périlleuse car ils devront rendre compte à Dieu des personnes dont ils ont la charge.


[21] C’était à l’époque où les Mariens étaient encore un institut diocésain sous la juridiction de l’Évêque local. Ce n’est qu’en 1699 que les Mariens obtinrent le privilège d’être exemptés de cette juridiction.

[22] Les autorités civiles étaient fréquemment appelées à intervenir pour mettre un terme aux rébellions dans les monastères.

[23] Clément VIII, Nullus omnino, 1599.

[24] Le Père Stanislas, en tant que Piariste, était très attaché au concept légal eascétique de la "pauvreté extrême" qu'il a appris au noviciat. A cause de la réforme des Piaristes en 1656, il n'a pu en faire profession. (Plus tard, il essayait de toute évidence de préserver ou de raviver certains de ses éléments en rédigeant "L'Apologie de l'extrême pauvreté"). Nous ne disposons d’aucune preuve à l’effet qu’il ait tenté d’introduire, au sens légal, l’"extrême pauvreté" dans son Institut – que ce soit sous la forme très stricte des Capucins; ou sous la forme moins stricte des Piaristes, à partir de 1622. Il chérissait néanmoins l’extrême pauvreté comme une expérience actuelle de la vie religieuse et insistait que l’on devait se satisfaire des véritables nécessités de la vie tout en menant une vie des plus simples (Cf. par exemple, ci-dessous, ch. 5, n. 9, vers la fin). En 1679, l’Évêque Wierzbowski a témoigné de la "pauvreté extrême" dans laquelle vivaient les Mariens (Cf. Positio, p. 399, n. 12).