La Règle de vie
• Introduction • Préface • Chapitre I • Chapitre II • Chapitre III • Chapitre IV •
• Chapitre V • Chapitre VI • Chapitre VII • Chapitre VIII • Chapitre IX •
LA RÈGLE DE VIE
PROPOSÉE
à la Congrégation Religieuse de la Sainte Vierge Marie
qui a été conçue exempte du péché,
ou les Ermites Mariens,
assistant les fidèles défunts,
tout particulièrement les soldats et les pestiférés
ET CORRIGÉE
par le Très Éminent et Révérend Seigneur
Leander Cardinql Colloredo, membre
de la Commision de la congrégation des réguliers et évêques
A Rome, en l'an de grâce 1694
PRÉFACE [1]
1. Cette Congrégation de l'Immaculée-Conception, au sujet de laquelle, bienveillant lecteur, nous vous fournissons ces renseignements, a été érigée canoniquement sous le statut érémitique [2] par l'Évêque Stephan Wierzbowski, Ordinaire de Poznan et Archevêque élu de Gniezno, qui a traversé cette vie de manière louable. La Congrégation a été dotée de certaines indulgences et de Confrérie par le Très Saint Père Innocent XI d'heureuse mémoire [3], et a été approuvée et placée, ainsi que toute la République Polonaise, sous la protection perpétuelle du très auguste et invincible Prince Jean III, le bienheureux roi régnant de Pologne [4] lors de la diète générale célébrée à Varsovie en 1677 [5].
2. [...] La vie des Ermitesest approuvée sous le statut de pénitents [...]. Par conséquent, ils ne requièrent aucune approbation, s'ils ont été admis juridiquement et canoniquement par un Ordinaire du lieu.Celui qui a embrassé ce statut [érémitique], tout particulièrement au sein d'une Congrégation d'ermites approuvée par au moins un Évêque, et qui y a fait profession [de voeux] , ne pourra changer ce statut à moins d'obtenir une dispense du Pontife Romain, à la requête du Supérieur de ladite Congrégation, et ce, en vertu de motifs des plus justes et graves impliquant un préjudice à un tiers. Cette déclaration fut faite par la Sacrée Pénitencerie apostolique en 1691, après avoir été consultée par le Supérieur de tels Ermites [6]. Ces Ermites, dès qu'ils habitent de petits monastères, ne sont pas de ceux à qui il est interdit d'accepter de nouvelles maisons [7], et ceux qui vivent en Congrégation peuvent adopter un mode de vie approuvé par un Évêque [...]. Et nul n'est en droit de douter qu'ils puissent être ordonnés sous le titre de Pauvreté ou de Congrégation (selon ce qui est le plus favorisé à Rome).
3. Ces choses ont été brièvement préfacées de manière à informer ceux qui critiquent cet Institut en partie par ignorance, en partie du fait de faux renseignements. S'ils ont la bonté de jeter un regard sur les quelques chapitres qui suivent, lesquels il est proposé aux Ermites Mariens d'observer, ils seront certainement plus bienveillants à leur égard, eux qui ne cherchent et ne désirent que Dieu et sa plus grande gloire, la vénération de la Vierge, le salut de leurs âmes et de toutes les âmes, en assistant les défunts. Pour ce qui est du reste, bien que cette Congrégation ait été érigée sous le statut public d'ermites, elle n'insiste pas sur la solitude au point de considérer qu'il ne serait pas méritoire de s'engager parfois à rendre des services spirituels à son prochain – dans la mesure où cela est autorisé – sans nuire à qui que ce soit. De même, la Congrégation ne revendique pas le titre érémitique pour se rendre égale à quiconque. En vérité, elle est persuadée qu'elle doit honorer chacun des très saints, anciens et pieux Ordres et tous les Instituts au point de se déclarer la dernière d'entre toutes et de se recommander humblement à leur protection et charité.
4. A la lumière de ce qui précède, chacun peut conclure avec bienveillance que le présent Institut des Ermites Mariens, fondé sous le statut approuvé par la Loi canonique, ne requiert aucune autre approbation [8]. En effet, lorsque le Supérieur général s'est adressé au Saint-Siège pour obtenir sa confirmation [9], la cause a d'abord été examinée pendant près d'un an par la Nonciature Apostolique en Pologne. Ensuite, se fondant sur cette information, la question fut de nouveau longuement discutée à Rome. Enfin, la réponse nous est parvenue, par l'entremise du Cardinal susnommé [10], à l'effet qu'il est suffisant que cet Institut s'assure l'approbation de l'Ordinaire local et cette Règle de vie a été examinée par Son Éminence avec la plus grande assiduité et corrigée avec la plus grande sagesse [11]. Cette réponse est consignée dans une lettre authentique adressée par Son Éminence au Supérieur et à ses compagnons [12], et cette lettre a été soumise et acceptée par l'actuel Évêque de Poznan [13].
[1] Cette préface a été rédigée par le Père Stanislas Papczynski, probablement en 1697, alors que les Mariens préparaient La Règle de vie en vue de sa publication. De fait, ils obtinrent l'imprimatur nécessaire de l'Evêque Nic. Poplawski le 20 février 1698, mais le texte n'a pas été imprimé car après le décès de l'Évêque Witwicki (le 4 mars 1698), les Mariens ont décidé de tenter encore une fois d'obtenir l'approbation pontificale de leur Institut (il aurait fallu mettre à jour le présent Norma Vitae si leurs efforts étaient couronnés de succès).
[2] Date de l'érection canonique: le 21 avril 1679. Voir le texte de ce document dans Positio, pp. 392–400.
[3] Ceci fait référence au bref Cum Sicut accepimus du 20 mars 1681. C'était la première reconnaissance pontificale des Mariens. En fait, il est difficile de déceler la concession d'une confrérie Marienne dans le bref des indulgences. Il est vrai que le texte contient les mots "Confrérie des Fidèles", mais il appert que cette mention ne s'y trouve que par l'inadvertance du rédacteur du Bref. L'Évêque Wierzbowski (et les Mariens) en ont néanmoins conclu que le Saint-Siège autorisait l'établissement d'une Confrérie. Par conséquent, à partir de ce moment, les Mariens ont entrepris d'ériger une "Confrérie de l'Immaculée-Conception assistant les âmes des fidèles défunts" dans leurs propres églises; cf. ci-dessous, chap. VII, n. 8. Voir le texte du Bref dans Positio, pp. 404–409.
[4] Le Père Papczynski parle ici du Roi Jean Sobieski (1674–96).
[5] Le document d'Approbation est publié dans Positio, pp. 376–378.
[6] La préface fait probablement référence au Père Stanislas lui-même qui se trouvait à Rome en 1691. Il voulait obtenir une telle déclaration du Saint-Siège car il espérait ainsi freiner les désertions parmi les rangs des membres de l'Institut. Les membres, en nombre croissant, invoquaient l'opinion de certains moralistes selon lesquels n'importe quel confesseur peut libérer un religieux de simples vœux. Cf. Positio, pp. 514–515.
[7] Peut-être parce que les Mariens n'ont pu accepter certaines fondations qui leur étaient offertes en vertu de l'opinion contraire. Cf. Positio, pp. 531–532.
[8] Le Père Stanislas insiste sur ce fait car certains prétendaient que les Mariens n'avaient pas le droit d'exister comme institut religieux sans reconnaissance pontificale.
[9] Le Père Stanislas a logé une double pétition en ce sens en 1692. Cf. Positio, pp. 515–519.
[10] Il parle ici du Cardinal Leander Colloredo, dont le nom apparaît en première page de La Règle de vie.
[11] Il nous est impossible de connaître l'étendue des corrections effectuées par le Cardinal Colloredo car nous ignorons si le texte qui lui a été soumis par le Père Stanislas était bien celui datant de 1687. Il est donc possible que le Père Stanislas soit lui-même responsable de certaines différences entre le Norma Vitae de 1687 et celui de 1694.
[12] Cette lettre est maintenant introuvable, même sous forme de copie.
[13] Il est question de l'Évêque Stanislas Witwicki, Ordinaire de Poznan (1687–1698).

