La Règle de vie
• Introduction • Préface • Chapitre I • Chapitre II • Chapitre III • Chapitre IV •
• Chapitre V • Chapitre VI • Chapitre VII • Chapitre VIII • Chapitre IX •
Chapitre VII
Horaire
1. Un supérieur gouvernera la congrégation entière pour un terme de six ans. A la fin de cette période – tel qu’indiqué ci-dessous [41] – vous pourrez soit en choisir un nouveau ou réélire le même. Les devoirs de sa charge consistent à admettre ou exclure les membres, à approuver les confesseurs, prédicateurs, maîtres des novices et modérateurs de votre Confrérie, à approuver les livres à imprimer, à nommer ou déchoir les supérieurs locaux, à accepter les dotations, à visiter les maisons, à réprimander ceux qui s’éloignent du droit chemin et, si nécessaire, à les punir. Il est également chargé de déterminer, d’imposer et d’assumer d’autres responsabilités propres à l’office de Supérieur Général.
2. Que tous les supérieurs se remémorent cette mise en garde de l’Esprit Divin: "On t’a établi président de table? Ne t’élève pas; – sois parmi les autres comme l’un d’eux;" (Si 32,1) [42]. Par conséquent, ne soyez pas des dictateurs mais servez de modèles au troupeau (1 P 5,3). Que le supérieur accomplisse d’abord, à titre d’exemple, ce qu’il exigera des autres par la suite. Il doit non seulement être le gardien de la loi mais également la respecter au même titre que les autres membres. Qu’il soit inspiré par la piété, la discrétion et la prudence, qu’il tempère le zèle par la clémence et la clémence par le zèle de peur que l’abus de sévérité ou d’indulgence ne nuise à l’Institut plutôt que de contribuer à son bien. Il ne doit pas irriter ses hommes avec des pénitences ou des ordres trop rigides. Il doit plutôt faire en sorte que les charges soient réparties selon la force, les talents et habiletés de chacun. Puisque ses sujets sont tenus d’obéir sans discussion, celui qui commande doit s’assurer que chacun pourra accomplir ce qui est exigé de lui pour la plus grande gloire de Dieu et son mérite personnel.
3. De leur côté, les membres ne doivent pas affliger les supérieurs de leur impudence ou entêtement mais doivent plutôt se soumettre de bonne grâce à la volonté de leurs supérieurs en les respectant, non par crainte stérile, mais par amour. Si l’un des supérieurs semblait négligent ou n’aurait pas une conduite exemplaire, on ne devrait pas – en vertu du Seigneur – cesser de l’honorer ou de lui obéir. Le Seigneur Lui-même a prévenu: "faites donc et observez tout ce qu’ils pourront vous dire, mais ne vous réglez pas sur leurs actes" (Mt 23,3). A vrai dire, les supérieurs méritent la compassion car, puisqu’ils doivent servir tout le monde, ils sont parfois contraints de se négliger eux-mêmes. Les membres prieront donc pour leurs supérieurs afin que Dieu les éclaire, les guide, leur vienne en aide et les garde dans sa grâce.
4. Le Supérieur visitera toute la Congrégation à tous les trois ans; le Provincial [43] visitera ses maisons une fois l’an; toutefois, le supérieur local visitera les cellules de tous les membres presqu’à tous les mois de manière à s’assurer qu’il ne s’y trouve rien qui soit contraire à votre vocation, votre pauvreté ou au bon ordre. Tous les supérieurs s’y appliqueront unanimement afin de favoriser: le plus grand culte de Dieu dans leurs églises; la paix, la récollection, la charité et l’uniformité dans leurs maisons; la sainteté chez leurs membres; et la conservation des biens temporels. Il leur est interdit de faire don à des étrangers de biens appartenant à la Congrégation sous peine de pénalités ecclésiastiques.
5. S’il est nécessaire de prêcher la parole de Dieu dans l’une ou l’autre de vos églises, le Supérieur confiera cette tâche à ceux qui ont été instruits dans la doctrine et qui possèdent les vertus nécessaires afin que leur prédication apporte des fruits salutaires à ceux qui les entendront, que leurs enseignements soient édifiants et leur conviction, source d’inspiration. Qu’ils s’efforcent constamment de tenir des propos qui inciteront l’auditeur à louanger Dieu et non à faire l’éloge de l’orateur; des propos qui, avec l’aide de Dieu, inspireront chez les fidèles: l’édification, une bonne conduite, l’amour et la crainte de Dieu, l’exercice de la vertu et des bonnes œuvres, le mépris des choses de ce monde ainsi que le fervent désir et la quête du bonheur éternel. Tout comme ils ne prêcheront pas dans leurs églises sans être mandatés par le Supérieur, ils ne prêcheront pas dans d’autres églises sans la bénédiction de l’Ordinaire [44].
6. Que les maîtres s’acquittent de la tâche d’enseignement qui leur est dévolue (si un jour on venait à les instituer) pour la gloire de Dieu, avec soin et diligence pour faire progresser leurs élèves. Qu’ils se servent de manuels d’auteurs des plus reconnus plutôt que de lasser leurs élèves et eux-mêmes à écrire. Toutefois, qu’ils ne s’absorbent pas dans ces ouvrages au point de négliger la prière et la mortification.
7. On doit nommer maîtres des novices des hommes exemplaires, prudents, travailleurs, doués de discernement. Ils formeront les novices à la perfection en matière de tous les exercices (spirituels). Ils les occuperont et les exerceront également à l’abnégation de soi et au renoncement de ce qui leur appartient, à l’exemple du Christ Notre Seigneur, au dédain des biens temporels et au désir de ce qui est éternel, à la patience, l’humilité, la modestie, le silence, la pénitence, le zèle à la prière, aux observances régulières et, avant tout, à l’amour de Dieu. Les maîtres garderont toujours à l’esprit que les novices ont été confiés à leurs soins – en premier lieu, pour veiller au salut de leurs âmes et, en second lieu, pour l’honneur et le profit de la Congrégation.
8. Le Supérieur [Général] assignera à chaque maison un promoteur de la Confrérie de l’Immaculée-Conception [45] assistant les âmes des fidèles défunts. Cette Confrérie a été érigée ou sera érigée dans vos églises en vertu de l’autorisation accordée par le Saint Père Innocent XI, le 20 mars 1681, et en vertu de la reconnaissance de ce document par l’Ordinaire. Celui à qui sera confiée cette tâche des plus méritoires s’y appliquera de toutes ses forces afin de produire le plus grand nombre possible de membres fervents et dévots qui se voueront à la Vierge Immaculée et assisteront les défunts. Qu’il administre prudemment cette Confrérie afin que les âmes en tirent un grand bénéfice. A cette fin, il exhortera, incitera et inspirera ceux qui deviendront membres de cette Confrérie à faire fréquemment usage des Sacrements salutaires de la Pénitence et de l’Eucharistie, à se vouer à des œuvres charitables et à abandonner leurs vices.
9. Le même Supérieur [Général] s’assurera de la présence d’autres officiers à travers la Congrégation – des Procureurs, des Économes, des Zélateurs [46] qui s’efforceront de remplir leurs fonctions avec diligence, par amour de Dieu et pour le mérite de l’obéissance, afin de recevoir un jour la juste récompense de leur amour et de leurs labeurs de Notre Seigneur Jésus-Christ.
[41] Chapitre 9, no. 1.
[42] Le texte faisait erronément référence à Eccl. 31. Nous indiquons ici la référence exacte; le texte a été librement adapté.
[43] Le terme latin "Diocesanus" signifie probablement une division de la Congrégation en provinces, selon le tracé des diocèses, c’est-à-dire que les maisons d’un diocèse forment une Province distincte.
[44] Dans l’édition de la Règle de vie datant de 1687, le Père Stanislas avait énoncé dans ce paragraphe des directives plus élaborées concernant la prédication de la parole de Dieu (voir Positio, p. 477, note "p" et p. 478, note "g"). De toute évidence, il transmettait le fruit de son expérience personnelle de prédicateur. Les Mariens ont en partie rétabli le texte manquant dans les Statuts de 1778.
[45] Voir le renvoi en bas de page numéro 3.
[46] La tâche du "zélateur" était de "proclamer" ou dénoncer les fautes d’autrui dans le Chapitre des Coulpes (Cf. Ph. Schmitz, Chapitre des Coulpes, dans le Dict. Théol. Cath. II/1, col. 485). Il est toutefois étonnant que le Père Stanislas ne fasse aucune mention du "zélateur" dans le paragraphe traitant du Chapitre des Coulpes (voir ci-dessus, ch. 4, no. 3).

